Les Ombres - texte de Matias Grenn

III PROLOGUE

Tous les fantômes... voix du commissaire Ménard au loin : « Je ne bouge pas mais dépêchez-vous bordel ! »

Fantôme de Didier – Merde ! Qu’est-ce qui vient de se passer, ma tête, ma tête !

Fantôme de Anatole – Oui, c’est votre tête...

Fantôme de Barbara – Je ne sais pas si ça se fait, si ça se dit, mais
Bienvenue !

Fantôme de Didier – Qui êtes-vous ? Et... je suis... je suis...

Fantôme de Camille – Oui, vous êtes mort, bien mort. Tué par un commissaire pourri, nous avons assisté à toute la scène, mais nous ne savons pas encore bien agir sur les événements...

Fantôme de Barbara – Tu parles !
Chochotte oui...
(Nous avons dû faire des choix

Fantôme de Anatole – Qui sacrifier ?

Fantôme de Camille – Pas Solenn, trop importante pour la suite

Fantôme de Anatole – Driss aussi

Fantôme de Barbara – Et ne parlons pas de Julien)

Fantôme de Didier – Qui êtes-vous ? Avant que je ne vous...

Fantôme de Camille – Vous ne pourrez rien nous faire, mais nous sommes des participants au meurtre du maire. Nous sommes morts, moi la tête éclatée dans une voiture...

Fantôme de Anatole – Nous, avec du sang dans les oreilles, au même endroit...

Fantôme de Didier – Des conneries !

Fantôme de Anatole – Voyez par vous-même.

Temps

Fantôme de Camille – Ça ne va pas être simple,
Il a l’air pas commode.
Si j’avais su,
On aurait dû essayer de le sauver...

Fantôme de Barbara – Pour nous non plus ça n’a pas été simple,
Et le sauver comment.
On peut juste lui faire croire que nous pouvons agir concrètement, pour qu’il nous aide, mais...
C’est vrai qu’il est pas commode.

Fantôme de Camille – Et on a moins de temps maintenant, ça urge, on a besoin de lui.

Fantôme de Anatole – On a besoin de lui, mais là justement, je pense qu’on a un laps de temps plus important.

Fantôme de Camille – Tu veux dire, grâce à sa mort ?

Fantôme de Barbara – Ah, oui, c’est vrai, ils vont se planquer tous.

Fantôme de Anatole – Pas forcément se planquer, mais rester sur leurs gardes.

Fantôme de Didier – Non. Ça n’a aucun sens, je ne peux pas être là.

Fantôme de Anatole – Vous torturez pas.
Ça ne signifie pas pour autant qu’il y ait une vie après la mort,
Ou un Dieu...

Fantôme de Camille – Les tremblements quand même...

Fantôme de Barbara – Les tremblements, c’est vrai, on les ressent comme les vivants...

Fantôme de Didier – Et vous faites quoi exactement ?
Vous agissez toujours pour votre patron ?
Ou vous expiez vos fautes ?

Fantôme de Camille – Je serais tenté de vous répondre qu’on expie, mais

Fantôme de Barbara – On n’en sait rien en fait.

Fantôme de Anatole – Mais nous avons quelque chose à faire,
Sinon les tremblements nous torturent à nouveau.

Fantôme de Barbara – Mais lui, il n’est pas mort des tremblements...
Si ça se trouve, il n’a rien à faire.

Fantôme de Anatole – Je crois, au contraire...

Fantôme de Didier – Vous croyez que j’ai un travail à finir ?

Fantôme de Anatole – On lit presque votre passé sur les rides de votre front,
Enfin ce qu’il en reste,
De vos rides et de votre front.

Fantôme de Didier – J’ai vu, merci,
Mais ça n’a plus d’importance.

Fantôme de Barbara – Nous essayons, depuis notre mort, d’agir

Fantôme de Anatole – De faire agir

Fantôme de Camille – D’aider

Fantôme de Anatole – Chacun de nous suivant une personne.
Moi, je suis Driss, et eux deux, Julien (désignant Barbara), Amin, le peintre (désignant Camille) puis Solenn...

Fantôme de Barbara – En touchant les personnes, nous arrivons à faire passer des choses...

Fantôme de Didier – Je ne me vois pas mort, là...
Que je me repose merde ! C’est tout !

Fantôme de Anatole – Vous vous êtes sacrifié pour elle.

Fantôme de Barbara – Si on ne vous a pas sauvé,
On le sait,
Votre retraite,
Elle ne vous aurait pas servi à grand chose,
Ça vous ronge depuis des mois.

Fantôme de Didier – Ça ne me rongera plus.

Fantôme de Anatole – Le cancer non, mais la culpabilité...

Fantôme de Didier – Solenn n’a plus besoin de moi maintenant,
Tous les masques sont tombés.

Fantôme de Camille – Pas tous les masques,
Et ce n’est pas de ça qu’on parle,
Votre culpabilité vous ronge depuis bien avant cette affaire.

Fantôme de Didier – Je suis mort.
Qu’est-ce que vous voulez que j’y fasse ?

Fantôme de Barbara – Le commissaire Ménard.

Fantôme de Didier – Quoi le commissaire Ménard ?
C’est un pourri comme tant d’autres...

Fantôme de Anatole – Non,
Lui, c’est un pourri qui vous connaît depuis longtemps.

Fantôme de Barbara – Pas commissaire à l’époque,
Et puis pas tout seul à agir.

Fantôme de Anatole – Mais tous ont gardé un œil sur vous,
Tous ont maintenu votre carrière au minimum.

Fantôme de Didier – Et vous voulez quoi,
Que je me venge de ma belle mort ?

Fantôme de Camille – C’est beau « de ma belle mort »...

Fantôme de Barbara – Oui, nous voulons que vous vous vengiez.

Fantôme de Anatole – Et surtout, nous ne sommes plus assez nombreux.
Nous espérons que vous nous assisterez.

Fantôme de Barbara – Mieux même,
Que vous nous aidez à mieux organiser notre petite...

Fantôme de Anatole – Notre armée de l’ombre.

Un tremblement se fait entendre, mais, de toute façon, ils sont morts, non ?

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