Les Ombres - texte de Matias Grenn

III Ailleurs, nulle part.

Fantôme de Julien - Je viens
Je viens enfin
J’ai touché du bout du doigt
Je veux dire avec lucidité
Lentement
Entre deux vomissements
J’ai touché de près au calme absolu
À l’apaisement
Au silence
Toutes mes douleurs un instant se sont tues
Elles étaient toujours là
Présentes
Cruelles
Mais je ne les sentais plus
Plus vraiment
Et j’ai dormi un peu d’abord
Puis j’ai ouvert les yeux
J’ai eu envie de rire
De vivre
D’exploser de joie
Oui de joie
Quelque chose de puissant
Je voulais parler à mon père
À ma mère
Leur dire à quel point je ne souffrais plus
Enfin
Et que mon devoir
S’il existe un devoir
D’un fils envers ses parents
Que mon devoir de fils
Je l’avais accompli
Que j’avais été au bout du geste
Au bout de son geste
Que j’avais détruit ce qui lui avait pourri la vie
Brûlé la cervelle
Et plus encore
Ce devoir de fils
Je
Je pouvais enfin leur pardonner
Tous les deux
Leur silence
Temps
J’ai triomphé
Même
Au delà de mes espérances
Contre les ombres
Contre mes ombres
Là où j’aurais pu sombrer
Tiraillé par les douleurs
Combien de fois par jour mon repas recraché
La bouche acide
L’haleine
L’arrière goût
Je ne guérirais jamais
Mais j’aurais été paisible
Cette journée au moins
Et si cette nuit
Cette dernière nuit

J’ai craqué
J’ai abandonné
Ce n’est pas par lâcheté
Je veux garder en moi cette paix retrouvée
Ne plus la quitter
Et faire taire à jamais mes douleurs

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