Les Ombres - texte de Matias Grenn
Accueil du site > Les ombres > 3ème PARTIE : Le silence des ombres > III,7 - Fantômes du vieux flic et du maire

III,7 - Fantômes du vieux flic et du maire

Dans l’entrepôt

Fantôme de Didier – Je savais que j’allais vous trouver ici.
(Silence)
Vous savez, je suis mort aussi.
Notre place n’est plus vraiment ici,
Et vous ne pouvez pas rester là,
À regretter,
Ou à pleurer,
Je ne sais pas.

Fantôme de Henri JACQUES – J’ai été si naïf,
J’ai été si faible.
Je me suis trahi moi-même,
En fermant les yeux,
En me noyant dans les compromis.

Fantôme de Didier – La politique est faite de compromis,
La vie est faite de compromis.
Si ça n’avait pas été vous, à cette place,
Un autre,
Pire sans doute,
Y serait,
Plus cynique,
Sans aucun remord.

Fantôme de Henri JACQUES – Les remords,
S’ils pouvaient me donner, ne serait-ce que cinq minutes,
Pour mon fils,
Pour lui parler,
Pour lui donner cet amour qui lui a manqué.

Fantôme de Didier – Vous ne pouvez plus rien pour lui,
Sa vie il la tient comme il peut,
Avec ses faiblesses,
Et il ne pense qu’à vous,
Il est plein de rage.

Fantôme de Henri JACQUES – Lorsque mon corps est tombé,
Je n’ai pas eu le temps,
Comme paralysé par ces tremblements,
Je me suis à crier,
Mais ils ne m’entendaient pas,
Ils regardaient mon corps,
Gisant.
Je me souviens,
Ma tête,
Le sang,
Juste là,
Et j’aurais voulu pleurer.
C’est étrange comme les émotions,
Une fois mort,
Elles ne passent plus.
Elles sont là,
Mais elles ne passent plus.
Et mon regard vide,
Et mon crâne traversé par la balle,
Il n’y avait plus rien.
Je me voyais dans le rien.
Je suis resté là,
Depuis,
Debout,
Figé,
Et il est venu,
Une première fois,
Seul.
Il était là,
Je l’ai reconnu tout de suite.
Je l’ai pris dans mes bras.
J’aurais voulu pouvoir l’embrasser de mon infinie tristesse.
J’aurais voulu le protéger,
Car je savais que dans l’ombre,
Il était là lui aussi.
Celui qui m’a assassiné.
Il était là pour le voir,
Peut-être pour le tuer.
Il allait vouloir le tuer,
Et s’il avait su,
Si elle avait su aussi,
Mais il était là vivant,
Si tourmenté pourtant.
Cette douleur sourde,
Dont je me sens encore responsable,
Je l’entendais le dévorer.
(Temps)
Je n’arrive pas à quitter ce lieu,
J’y suis accroché,
Je ne vois pas où aller.
Il n’y a pas eu de lumière,
Ni de feu de l’enfer,
Rien.
Je suis désespérément dans le rien,
Et je ne ressens plus le désespoir.

Fantôme de Didier – Venez.
Si vous êtes encore là,
Vous avez sans doute encore un rôle à jouer,
Malgré ce vide qui vous traverse,
Qui me traverse aussi.
Venez, ne restez pas là.
Il n’y a plus rien ici,
Ce n’est qu’un lieu de transit dans cette affaire.

Fantôme de Henri JACQUES – Cette affaire,
Elle est morte avec moi,
Plus personne pour en parler.

Fantôme de Didier – Vous seriez surpris,
Car cette affaire explose en plein jour,
Et votre fils
Y travaille avec acharnement.
Venez !

Répondre à cet article

Contrat Creative Commons | Mentions légales | SPIP | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | logo sprechgesang SprechGesang.net