Les Ombres - texte de Matias Grenn

III,6 – Julien et Solenn

Au téléphone...

Julien – Solenn ?

Solenn – Oui. C’est toi Julien ?

Julien – Oui.
Vous allez bien ?
Driss s’en remet ?

Solenn – Ça va,
Il a eu de la chance,
La balle n’a fait que traverser.
Il s’en sortira,
Mais il faut qu’il se repose encore.

Julien – J’ai reçu un drôle de colis.

Solenn – Ah ! Ça veut dire qu’ils savent où tu te trouves...

Julien – Non, je ne pense pas.
Le colis m’était adressé à l’hôtel.
Pour rassurer ma mère, j’y ai gardé la chambre,
Mais je n’y suis jamais.
Bref.
Il y avait une clé usb pour moi,
Très intéressant le contenu.

Solenn – Tu peux me l’envoyer.

Julien – Je viens de le faire.
Dans le message, tu vas trouver un lien,
Le fichier est stocké sur un site.
L’identifiant c’est « solenndriss » tout attaché,
Et le code « lesombres » tout attaché.

Solenn – Très inspiré.

Julien – J’ai mis des heures à trouver ce code.
Alors sur le message, deux voix :
Un homme qui fait partie des arrestations,
Ou bien qui va être arrêté bientôt,
Je ne sais pas encore,
Mais ça me semble être le deuxième homme,
Celui qui t’a utilisée comme bouclier pour fuir dans le parking,
Et une femme,
L’ex-épouse du député-maire,
Tu vois de qui je parle ?

Solenn – Oui.
Tu penses que mes collègues ont déjà l’ info ?

Julien – Non, je ne pense pas.
Depuis le début je reçois des pistes,
Quelqu’un veut absolument que j’aie une longueur d’avance.

Solenn – Alors cette personne se méfie de la police,
Elle veut être sûre que cette info sera entendue.

Julien – Je le pense aussi.
Donc déjà, j’ai éliminé la femme qui parle,
Elle a l’air de vouloir fuir.

Solenn – J’écoute le fichier,
Et j’essaie discrètement de lancer des collègues sur ses traces.
Pour l’homme ?

Julien – Pour lui,
Soit il est déjà arrêté,
Soit ça ne va pas tarder,
Mais tu peux évidemment filer le fichier à la police,
Sinon ça va se retourner contre nous.

Solenn – Merci,
J’ai eu peur que tu me demandes de les garder.

Julien – Non,
Mais ça implique juste que je puisse m’en servir.

Solenn – J’avais compris.
Sinon, as-tu des nouvelles du peintre et de sa femme ?

Julien – Pas récemment non.
Loïc m’a dit qu’ils s’étaient parlés rapidement ;
Mais j’ai bien reçu par mail quelques comptes rendus.
Des comparatifs entre les données officielles et les données après prélèvements...

Solenn – Sur l’amiante ou sur le terrain ?

Julien – Les deux.
Bon, la pollution du terrain est assez complexe,
Et rien n’est prouvé qu’elle puisse être très nocive pour la santé...

Solenn – Subtil quoi.
Un terrain que personne n’aurait voulu,
Mais quand même pas aussi néfaste que ça aurait pu l’être.

Julien – Pour l’amiante,
En fait, c’est un peu la loterie.
Certains appartements,
Certaines pièces,
Mais après tout ça, j’irai faire des radios,
Et j’espère qu’ils informeront bien tout le monde.
J’admets que ça ne va pas être simple.

Solenn – Je sais,
Driss y a vécu là-bas aussi.
Ce ne sont pas seulement ceux qui y habitent,
Mais ceux qui y ont habité,
C’est dingue !

Julien – Oui, surtout que l’amiante,
Ils savaient tous que c’était dangereux,
Mais l’entreprise qui fournissait l’amiante,
Elle a quelques noms en commun avec les personnes qui ont vendu le terrain...

Solenn – Oui, j’ai vu ça sur le net.
Une belle escroquerie quoi.
Si tu m’en parles, c’est que ça doit être plus fiable que ça n’en a l’air.

Julien – J’ai vérifié,
Et surtout c’est confirmé par d’autres sources.
Une fois qu’on a les noms des entreprises, c’est facile.
Par contre, difficile d’agir dans l’ombre,
Ça devient un peu pesant.

Solenn – Ici aussi,
Mais bon, tes premiers articles dans Implications ont eu leurs effets.
Le commissaire Ménard est arrêté.

Julien – Si tout se passe bien, on devrait bientôt pouvoir sortir.

Solenn – Je l’espère. Ah bientôt ! (Elle raccroche)

Fantôme de Barbara – Et nous bientôt la quille !

Fantôme de Camille – Ça va me faire bizarre de ne plus être avec elle.

Fantôme de Barbara – Tu sais le ménage à trois.
Tu vas faire quoi ?
Tenir la chandelle ?

Fantôme de Camille – De quoi tu parles ?

Fantôme de Barbara – De Driss et Solenn !

Fantôme de Camille – Mais, il n’y a rien.

Fantôme de Barbara – Tu as tellement le nez dessus,
Tu ne vois rien.
Évidemment, ils n’ont rien fait.
Si ça se trouve, ils ne le savent pas vraiment encore,
Mais tu as vu comment elle s’occupe de lui,
Elle est sa rédemption.

Fantôme de Camille – Merde !
L’amour comme rédemption,
Si j’avais su,
Si je l’avais connu de mon vivant...

Fantôme de Barbara – Tu l’aurais tué !
T’es con ou quoi !
Et puis tu es mort,
Ça ne te regarde plus.

Fantôme de Camille – Je sais.

Fantôme de Barbara – Sinon, d’après le vieux, tout le monde devrait croupir en taule pour un long, très long moment.

Fantôme de Camille – Le patron, il a l’air sérieusement de croire le contraire.

Fantôme de Barbara – Tu sais, c’est parce qu’il ne sait pas tout.
D’abord le commissaire,
Il va balancer plus que nécessaire,
Il va craquer.
Faut dire que lui, il est mal barré.
Un flic pourri,
Tu sais ce qui l’attend en taule ?

Fantôme de Camille – Oh oui.

Fantôme de Barbara – Et puis, elle non plus,
La femme du patron,
Elle n’a pas encore tout dit.
Elle va se faire avoir, mais avant, elle va balancer des preuves contre le patron.
Il ne se doute même pas qu’elle possède ce genre de document.

Fantôme de Camille – Tu veux dire qu’elle a des papiers qui le relient à certaines entreprises ?

Fantôme de Barbara – Oui, mais pas seulement.
Elle a des numéros de comptes,
Et elle est futée.
Elle ne fait rien à visage découvert.

Fantôme de Camille – Ah oui.
Du coup, le patron va croire que ça vient de l’intérieur,
Parce que même le commissaire, il sait pas tout ça.

Fantôme de Anatole – Au fait, il est où le vieux ?

Fantôme de Barbara – Il m’a dit qu’il voulait retourner dans l’entrepôt où on a tué le maire.

Fantôme de Camille – Quelle drôle d’idée !
Surtout maintenant.

Fantôme de Barbara – Il m’a dit : une sensation,
Ou une intuition,
Enfin qu’il devait y aller.

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