Les Ombres - texte de Matias Grenn
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III,4 – L’homme de l’ombre et la femme de l’ombre

Au téléphone...

L’homme de l’ombre – Où t’es ?
Et c’est quoi ce bordel ?

La femme de l’ombre – Comment ça ce bordel !
C’est ton bordel !
Tu es vraiment nul, et il faut tout t’expliquer.

L’homme de l’ombre – Tu te casses, c’est ça ?
Tu me laisses tomber ?
Mais tu crois que je vais te laisser filer,
Tu crois vraiment ça !
Ce bordel c’est à cause de qui ?
Qui débordait de vengeance contre son ex-mari ?
Qui m’a supplié de tous ses charmes pour foutre le bordel ?

La femme de l’ombre – Le seul problème,
C’est que tu n’est pas à la hauteur.
J’aurais dû le savoir depuis le début,
Mais contrairement à toi, je n’ai pas les mains sales.
Rien ne me rattache à toi,
Et si tu comptes sur ton flic pour me retrouver,
Tu risques d’être déçu.
Je ne suis pas idiote.
Comment crois-tu que je sois arrivée jusque là ?
Juste en te baisant ?
Juste en baisant un homme politique qui allait devenir maire ?
Mais tu rêves !
Je suis arrivée jusque là parce que je sais me mettre à l’abri,
Et ton flic,
Il n’est pas prêt de ressortir.
Une source anonyme l’a dénoncé,
Preuve à l’appui,
Une belle vidéo.
On le voit tirer sur un homme,
Puis essuyer l’arme.
La même arme dont il a dit que c’était sans doute celle qui avait tiré sur mon ex-mari.
Tu vois ?
Et si je te dis adieu maintenant,
Ce ne sont pas des paroles en l’air,
Tu n’es pas prêt de me retrouver,
Si tu sors un jour.
À moins que...
Non (elle rit)
Non...
Tu ne te suicideras pas,
Tu es trop minable pour ça.

L’homme de l’ombre – (il rit aussi) Tu es une sacré salope.
Non, je te reverrai pas,
Je le sais.
Et pour la prison, je sortirai plus vite que tu ne le crois,
Mais tu ne seras plus un problème pour moi.
Vieille garce !
Ce n’est pas le flic qui te trouvera.
Mes hommes te suivent.
Ils t’ont toujours suivie.
Depuis qu’on se fréquente, ils te suivent.
J’ai toujours détesté ton côté supérieur.
Tu me prends pour un con, OK.
Mais je le savais,
Que tu me planterais.
(un rire)
Dès que mes hommes apprendront mon arrestation,
Boum tu disparais.
Au sens propre.
Donc moi aussi je te dis adieu,
Je vais à l’ombre,
Mais toi,
Où tu vas,
Au fond d’un trou,
C’est pire que l’ombre.

La femme de l’ombre – Des conneries !

L’homme de l’ombre – Ah, tu crois ça.
Tu veux que je te dise où tu es ?

La femme de l’ombre – Tu ne m’auras pas.
Même si tu balançais mon nom aux flics,
Personne ne te croira.
Personne !
Et même si...
J’ai des faux papiers.

L’homme de l’ombre – Je sais.
Je sais même qui te les a fait.
Et à quel nom.
Et même où tu vas.
Tu es morte, je te dis.
Morte !

Il raccroche violemment, clac ! Elle finit pas raccrocher à son tour.

La femme de l’ombre – Tu ne m’auras pas.
Sache que j’ai toujours plusieurs portes de sortie.

Puis ailleurs...

L’homme de l’ombre – Voilà un enregistrement qui va satisfaire notre journaliste.
Je pense qu’il n’aura pas de mal à mettre un nom sur chacune des voix.

Un autre homme – Mais vous ?

L’homme de l’ombre – Pour moi, c’est déjà fini,
Mais je ne dirai rien.
C’est ce qui me garantit de sortir rapidement de taule.

Un autre homme – Et elle ?

L’homme de l’ombre – Elle va flipper,
Faire des conneries sûrement.
Attendez un peu,
Et balancez là aux flics.

Un autre homme – Vous n’allez pas la tuer ?

L’homme de l’ombre – J’y ai pensé,
Mais non,
Elle mérite la prison,
Et telle que je la connais,
Pour l’honneur de sa famille,
Elle va trouver les moyens de ne pas la faire.

Un autre homme – Donc elle va s’en sortir...

L’homme de l’ombre – Oui,
Mais les pieds devant.
Pas besoin de la tuer,
Elle le fera elle-même.
Je l’ai compris quand elle m’a ri au nez,
Parce qu’elle sait que je ne me suiciderais pas.
Par lâcheté, elle a raison,
Mais aussi,
Parce que je vais m’en sortir.
Même après la prison,
J’ai suffisamment d’argent que personne ne trouvera.
Ensuite,
Après la prison,
j’écris un livre,
Et voilà.
Mais elle,
Elle est capable de se suicider.
Elle sait qu’elle ne supportera pas la prison,
Et surtout d’entendre le nom de sa famille.
C’est une femme d’une autre époque,
D’un autre style en tous cas,
C’est ça qui m’attire en elle,
C’est à cause de ça tout ce bordel.

Il vérifie l’enregistrement de la conversation, on entend : « L’homme de l’ombre – Où t’es ? Et c’est quoi ce bordel ? La femme de l’ombre – Comment ça ce bordel ! C’est ton bordel Tu es vraiment nul et il faut tout t’expliquer L’homme de l’ombre – Tu te casses c’est ça ? »

L’homme de l’ombre – Ça m’a l’air très bon. Prends cette clé usb et envoie-la au journaliste. Cette autre clé plus tard, à la police, et je garde une copie sur une autre clé au cas où, mais par contre rien dans mon ordinateur. Il ne faut pas que la police sache tout de suite que cet enregistrement a été fait par moi.

Un autre homme – Et Driss ? Et la flic ?

L’homme de l’ombre – Vous les avez retrouvés ?

Un autre homme – Non, pas encore,
Mais ça ne devrait pas tarder.
Tout le monde est dessus,
À part les quatre qui la suivent.

L’homme de l’ombre – Driss, on s’en occupera plus tard.
Une fois que tu auras fait parvenir la clé usb au journaliste, et c’est le plus vite possible, avant que je ne sois arrêté, tu attends qu’ils viennent me cueillir, les flics, et tu leur envoies la deuxième clé. Ensuite tu attends peut-être une journée ou deux, et, coup de fil anonyme, tu leur dis où elle se planque.
Ah, tu t’arranges à ce moment-là pour qu’elle ne puisse pas bouger.
Je ne sais pas moi,
Fous-lui des somnifères dans la gueule.
Il faut que les flics la trouvent,
Et vivante.
OK ?

Un autre homme – OK.

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