Les Ombres - texte de Matias Grenn

II PROLOGUE – Le couple du métro

Jezabel et Amin. Ils sont quartier Italie, à l’extérieur.

Amin – Ça me fait bizarre tu sais, de venir ici, pas seulement parce qu’on y a vécu il y a presque trente ans maintenant, mais je ne sais pas, les croquis ici, et les peintures dans l’atelier… Quand nous y vivions, jamais je n’aurais pensé peindre ce quartier.

Jezabel – Quand je regarde tes derniers tableaux, je n’arrive pas à dire précisément de quel immeuble il s’agit. C’est plus les couleurs… Dans tes peintures, je retrouve l’ambiance de ce quartier, presque les odeurs.

Amin – En fait, mon utopie de travail sur cette série, tu vas rire, c’est comme une enquête, je veux résoudre l’affaire par la peinture.

Jezabel – C’est ça qui me plaît chez toi, ça ne me fait pas rire, ça me touche.

Amin – Tu as commencé tes analyses ?

Jezabel – Oui, mais je n’ai pas encore de résultat, les différentes carottes ne réagissent pas de la même manière aux révélateurs, et sur certaines ça réagit étrangement

Amin – Étrangement ?

Jezabel – Il y a sur certaines parcelles de ce quartier des produits dans les sols, des produits que je n’arrive pas à reconnaître. Mais je suis loin d’avoir réalisé tous les tests, donc pour le moment je ne peux rien dire de précis.

Amin – Tu avances ou tu fais du sur place ? Comme ceux qui vivent dans l’appartement au premier étage du 3, qui sont censés expliquer ces tremblements qui sont de plus en plus violents.

Jezabel – Je ne sais pas si j’avance, mais eux ils n’arrivent à rien.

Amin – Et tu as vu l’homme qui questionne tout le monde ?

Jezabel – Oui, c’est un journaliste je crois.

Amin – Ah, sa présence m’inquiétait un peu, mais je ne sais pas si ça vient vraiment de lui, ce malaise.

Jezabel – Je me méfie de tes impressions.

Amin – Moi aussi, et quand je le vois je suis en alerte, je n’arrive pas à dessiner, je sens le danger, mais quel danger ? Un danger pour nous, pour lui, pour d’autres ? Je ne sais pas.

Jezabel – Il me semble plutôt sympathique. Va lui parler, désamorce au moins ton impression sur lui… Tu sauras mieux interpréter cette sensation de danger et de qui elle émane.

Amin – Tu as sans doute raison, et si le danger vient de lui, je fais quoi ? Je le tue ? Je le peins ? Non je l’assomme et l’attache dans mon atelier, pour qu’il me serve de modèle sur une série autour du thème du danger, ou du mal.

Jezabel – Du mal ? Je ne te savais pas si prompt au manichéisme.

Amin – Le bien contre le mal… non juste le mal, la sensation du mal.

Jezabel – Bof, je trouve ton travail sur les immeubles de ce quartier plus pertinent.

Amin – Ah, oui, de toute façon je finis ce travail avant d’en entamer un autre, c’était une idée comme ça.

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