Les Ombres - texte de Matias Grenn

II,2 – Chez Amin

Dans l’atelier du peintre, haut de plafond, très lumineux, grande verrière, léger écho pour les voix.

Amin – Rien de tel qu’un verre au milieu de tableaux à jamais inachevés...

Julien – A votre peinture !

Amin – A votre reportage ! (Ils trinquent)
Vous savez, comme je l’ai sous-entendu, je vous observais depuis un moment...

Julien – Rassurez-vous moi aussi, je vous ai vu dans le métro, il y a quelques temps, au tout début de mon travail. Vous discutiez avec une femme, votre femme peut-être ? Vous parliez du meurtre, je crois.

Amin – Je ne m’en souviens pas, du métro, de ce moment-là précisément, mais en effet, ça devait être ma femme.

Julien – Elle travaille sur les tremblements, si j’ai bien compris.

Amin – Oui, enfin non, elle pas directement, ses collègues sismologues essaient de comprendre ce mystère, mais en fait ils ne savent rien.

Julien – Une rumeur voudrait mettre en lien ces tremblements et le meurtre du maire, mais je ne sais pas trop quoi en penser.

Amin – Là je ne sais pas, ça me semble un peu tiré par les cheveux, mais pour ce qui est des tremblements, ce n’est pas moi qui pourrait vous aider.

Julien – Oui, je me doute
Mais vous vouliez me montrer quelque chose
Avant que je ne sois trop ivre pour apprécier

Amin – Je crois au contraire que ça va vous aider à accuser le coup

Julien – Là vous me faites peur, tout en réveillant ma curiosité

Amin – Attendez (Il s’éloigne, et cherche parmi les toiles, deux tableaux précis, puis revient près de Julien)
Bon, le premier, en réalité il est à vous, enfin à vous et à votre mère, ce n’est pas celui-là qui va vous bouleverser, quoique, ça reste émouvant

Julien – Mais c’est moi, avec ma mère. Je ne me souviens pas avoir posé...

Amin – C’est normal, vous n’avez pas posé, je vous ai pris en photo dans votre salon, c’était un cadeau pour votre mère, elle m’a si souvent dépanné à cette époque-là. Pour ne pas vous fatiguer par de longues séances, je vous ai pris en photo, voilà tout.

Julien – Même cette séance photo, je n’en ai aucun souvenir.

Amin – Ah, j’aurais espéré réveiller en vous quelques souvenirs.

Julien – Et vous me le donnez ?

Amin – Depuis le temps que je dois le faire, oui. Et j’espère que votre mère ne m’en voudra pas trop de tout ce temps.
Je l’ai terminé il y a environ un an, j’avais toujours une excuse, un autre tableau plus urgent, enfin je n’ai pas d’excuse valable.

Julien – Et l’autre tableau ? Je ne vois vraiment pas ce que ça peut être

Amin – Il est un peu différent
Vous reconnaissez votre mère, vous nouveau né
Et à côté d’elle votre père...

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