Les Ombres - texte de Matias Grenn

II,19 – Le couple de l’ombre

La femme de l’ombre – Vous les avez perdus !
Mais tu deviens vraiment minable !
Tout t’échappe !
Je te préviens, si tu foires,
Je me mets à l’abri, mais si on vient me chercher,
Je te balance.

L’homme de l’ombre – Tout est contre nous !

La femme de l’ombre – Tout est contre toi !
Tu merdes, c’est tout.
J’ai quitté un homo pour me retrouver avec une lavette.

L’homme de l’ombre – Ta gueule !
Pour une femme censée représenter la haute,
À jouer à la dame aux soirées, à l’opéra ou au théâtre,
Tu parles comme une mégère maintenant.
La peur, ça montre souvent le vrai visage,
Mes hommes n’y sont pour rien.
Ils les ont perdus.

La femme de l’ombre – Ça prouve leur incompétence.

L’homme de l’ombre – Deux de mes hommes viennent de mourir.
Si ça prouve quelque chose,
C’est plutôt qu’ils sont plus dangereux qu’on ne le pensait.
D’ailleurs, impossible de localiser la voiture.
Et pourtant elle est équipée d’une puce GPS.
En louant une voiture,
C’était encore plus facile de les suivre sans être vus.

La femme de l’ombre – Mais comme par hasard, la puce est morte.
Tu as trop attendu pour les descendre.
Dès le parc,
Quand tes hommes les ont perdus de vue,
Ça n’annonçait rien de bon.
Ils savaient qu’ils étaient suivis.
Ils ont préparé leur coup.
Et voilà...
Mais ça prouve une chose :
Tu es un incapable.

On entend une gifle

L’homme de l’ombre – Peut-être, en effet, je suis un incapable,
Mais j’ai toujours la main lourde.
Tu ferais mieux de ne pas l’oublier.
Jusqu’ici tu n’avais pas à te plaindre de mes services,
Ni des avantages.
Et je ne parle pas seulement des avantages financiers.
J’ai quand même épongé les dettes de ta bourgeoise de famille respectable.
J’ai aussi effacé toutes les traces.
Si tu es encore blanche comme neige,
Si ta famille peut encore parader,
C’est grâce à moi,
Et à mes hommes.
Alors quand je te dis ta gueule,
C’est ta gueule !

La femme de l’ombre – Tu es vraiment un minable,
Pour me frapper,
Mais reste sur tes gardes.

L’homme de l’ombre – Tu me menaces maintenant.
Les rats quittent le navire...
Pathétique !

La femme de l’ombre – Je ne te menace pas,
Mais s’ils savent qu’ils étaient suivis,
Ils savent peut-être aussi par qui.
Et là, moi, je n’apparais nulle part.

L’homme de l’ombre – Le jour où vous vous salirez vraiment les mains,
Là, je te promets,
Que toi et ta famille,
Je vous ferai définitivement disparaître de mes papiers.
Mais en attendant, non,
Tu es impliquée,
Et bien plus que tu ne le crois.

Le téléphone sonne, il décroche et met le haut parleur.

L’homme de l’ombre – Allo, oui, tu les as retrouvés ?

Le commissaire Ménard – Non, pas encore.

L’homme de l’ombre - Non !
Pourquoi appelles-tu alors ?

Le commissaire Ménard – J’ai une idée.
Un plan, si tu préfères.
Un autre rendez-vous dans un parking.
Mais si je prend l’initiative, ça risque de sembler suspect.

L’homme de l’ombre – Avec qui ?

Le commissaire Ménard – Avec le flic de l’autre fois.
Faut qu’il crache le morceau,
Avant de le faire disparaître.
Il a des complices, c’est certain.
Depuis notre dernière discussion, il se tient étrangement tranquille.

Fantôme de Camille – Oui, enfin tout le mérite de cette idée vient de moi,
Aucune reconnaissance.
Enfin, s’ils savaient pour qui j’œuvre, ils se méfieraient.

L’homme de l’ombre – Et comment veux-tu le pousser à te proposer un rendez-vous dans un parking ?
Dans le genre bonne idée, il y a mieux,
Ça pue le guet-apens à plein nez.

Le commissaire Ménard – Je vais faire circuler une rumeur.
Il sera obligé de me contacter.

L’homme de l’ombre – Si tu le dis...
A quel parking penses-tu ?

Le commissaire Ménard – Peu importe,
Je le laisse choisir.
Il sera moins méfiant.
Je te rappelle dès que c’est fait.
(Ils raccrochent)

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