Les Ombres - texte de Matias Grenn

II,13 – Driss et Solenn

Lieu à déterminer, Solenn attend puis vient lentement en face de lui Driss qui marche tranquillement et ne fait aucun geste brusque – il écarte même les bras pour éloigner les mains de ses poches et rassurer ainsi Solenn

Driss – Bonjour
Désolé du retard
Je vérifiais que vous étiez bien seule

Solenn – Vous croyez que je serais venue avec d’autres flics ?

Driss – Je ne sais pas, mais surtout, je voulais savoir si vous n’aviez pas été suivie

Solenn – J’ai fait attention vous savez, pas tant pour vous que pour moi

Driss – Je sais

Solenn – Comment avez-vous eu mon numéro ?

Driss – Mon visage ne vous dit rien ?

Solenn – Si vaguement. Je vous ai vu plusieurs fois. Et récemment dans un café.

Driss – J’ai cru que vous m’aviez repéré, je ne sais trop comment, mais j’ai vraiment cru que vous m’aviez plus ou moins identifié, et vous m’avez laissé votre numéro de téléphone (Il montre un bout de feuille avec nom prénom et numéro de portable)

Solenn – C’est un oubli, et je ne sais pas qui vous êtes, mais si vous avez des choses à me dire sur l’assassinat du maire je vous écoute

Driss – C’est moi qui ai tiré...

Solenn – (retient à peine un petit rire narquois) C’est bien la première fois que j’obtiens des aveux sans même m’y être préparée, et dans de telles circonstances. (Elle regarde le lieu) Il va me falloir des preuves.

Driss – Nous étions quatre et il attendait dans un entrepôt, celui que le journaliste vous a indiqué. Il attendait quelqu’un qui n’est pas venu, et nous, nous sommes arrivés. Il était comme pétrifié, j’ai tiré une balle dans la tête et ensuite, nous devions, nous avions ordre d’abandonner le corps là où vous l’avez trouvé, en bas d’un immeuble, Quartier Italie. Ensuite mes trois partenaires ont été tués d’une façon assez étrange dans la rue à côté.

Solenn – Les quatre morts sont impliqués dans l’assassinat, j’ai beaucoup de mal à vous croire.

Driss – Et je devais mourir aussi, j’ai donc fui, mais je ne sais pas trop pourquoi je suis revenu. Enfin si, je veux que celui qui m’a demandé de tuer, puis a voulu me tuer, tombe, je veux qu’il tombe mais pas d’une balle dans la tête, il serait vite remplacé. Je veux qu’il tombe et qu’il y ait un procès.

Solenn – Dites-moi son nom et cela pourrait aller plus vite (Elle a toujours son petit rire narquois dans la voix).

Driss – Je sais, c’est difficile à croire, mais je ne connais pas le nom de celui qui commande. Je soupçonne qu’il y ait aussi quelques flics avec lui. Si je vous ai contactée c’est parce que j’ai surpris vos conversations, vous et l’autre flic, ça m’a mis en confiance.

Solenn – Admettons, vous l’avez tué et vous voulez m’aider à faire tomber ceux qui sont responsables de la mort du maire. Et en plus il y a des flics corrompus. Qu’attendez-vous vraiment de moi ? Que croyez-vous que je puisse faire, franchement ? Je ne suis qu’un jeune lieutenant de police, je risque gros.

Driss – Moi je risque de mourir, et ça me semble assez important pour donner un peu de crédit à mes propos, vous ne croyez pas ?

Solenn – Pour ma part, je vois tout autre chose. Vous avez surpris une conversation, vous trouvez la jeune femme à votre goût et vous montez un plan drague des plus minables pour me faire venir dans un endroit comme celui-ci, à votre merci. Ou pire, vous êtes bien mouillé dans cette histoire et vous avez ordre de me descendre, mais je suis armée, et surtout j’ai un micro, je suis venue seule oui, mais il y a des oreilles pour moi pas très loin.

Driss – Les oreilles du vieux flic qui vous accompagnait au café. J’ai vu sa voiture. Rassurez-vous, je ne lui ai rien fait, et il ne m’a même pas vu. Ça me va, je suis près à confirmer par écrit tout ce que je viens de dire et que vous avez enregistré. Et de plus, je ne suis pas armé. Mon arme est posée dans un coin pas loin. Quand j’ai vu que vous n’étiez que deux, j’ai préféré la laisser, je ne veux pas que vous interprétiez mal ce que je vous dis

Solenn – C’est un argument en votre faveur en effet, mais insuffisant.

Driss – Les deux derniers cadavres, ceux dont la tête a explosé, ils devaient, et je devais être le deuxième, ils devaient exécuter le journaliste, et ensuite récupérer à son hôtel les notes pour les envoyer à la presse, après un tri sélectif, pour mettre à jour un scandale qui ferait tomber une partie des personnes impliquées, mais une partie seulement – et je n’ai hélas aucun nom à vous donner. Celui qui connaissait les noms était dans la voiture. Il n’est plus là.

Solenn – C’est un peu facile ça, seuls les morts savent !

Driss – D’une certaine manière oui, mais leur champ d’action est inexistant...

Fantôme de Anatole – Quel boulot sous-estimé

Fantôme de Camille – Elle commence à le croire

Fantôme de Anatole – N’y va pas trop fort quand même, ou elle finira par se croire droguée.

Solenn – Vous pensez toujours que le journaliste est en danger ?

Driss – Oui, je suis pratiquement sûr qu’il est surveillé, soit par des mecs comme moi, soit par des flics pas tout à fait comme vous.

Solenn – J’aimerais vous croire, mais sans aucun nom, que voulez-vous que je fasse ?

Driss – Pour le moment, votre collègue vous couvre, mais cela deviendra vite impossible. Ils sont paranos les gens qui m’ont employé et donc dangereux, ils finissent toujours par se méfier de leur entourage. Il y aura bien un flic à côté de vous qui commencera à se méfier. Il vous fera suivre. Et c’est là que j’interviens. Pas seulement pour vous aider à neutraliser ce genre de type, mais pour aller là où vous ne pouvez aller sans vous mettre en danger. Vous avez besoin de moi pour votre enquête, et j’ai besoin de vous pour les faire tomber. Vous avez mon numéro avec le texto. À vous de voir.

Solenn – Je vais y réfléchir...

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