Les Ombres - texte de Matias Grenn

II,10 – Les fantômes

Ancienne brasserie, maintenant usine désaffectée, rue St Hélier

Fantôme de Anatole – Ce sera ici

Fantôme de Camille – Ici quoi ?

Fantôme de Barbara – Tu n’arrives pas à suivre ou quoi ?

Fantôme de Anatole – Ce sera ici que nous devons faire se rencontrer Driss avec la flic...

Fantôme de Camille – Solenn.

Fantôme de Barbara – Comment ?

Fantôme de Camille – Elle s’appelle Solenn.

Fantôme de Anatole – Oui, enfin, on s’en fout, du moment qu’elle vient ici

Fantôme de Barbara – J’ai remarqué que ça passait mieux nos messages quand on les touchait

Fantôme de Anatole – Oui c’est vrai, ça passe mieux mais en même temps c’est assez désagréable comme – est-ce qu’on peut encore parler de sensation ?

Fantôme de Camille – Pour ma part oui, de sensation, et très désagréable

Fantôme de Barbara – Tu as essayé de la toucher, tu es vraiment pervers

Fantôme de Camille – En réalité non, c’est elle qui est venue vers moi

Fantôme de Anatole – Ah, elle t’a vu et s’est dit « oh le fantôme de mes rêves »

Fantôme de Camille – Non, vous n’y êtes pas du tout, j’avais tourné le dos pendant qu’elle se déshabillait, du coup je ne l’ai pas vu venir
Mais c’est vrai j’ai pensé avant de ressentir ça, j’ai voulu plusieurs fois la toucher, mais en fait ça m’a terriblement gêné
C’est pas de mon vivant que j’aurais été gêné

Fantôme de Barbara – Je te le dis, tu t’humanises
En tous cas, mes messages passent mieux avec Julien, et aussi grâce au photographe

Fantôme de Camille – Il y a un photographe aussi

Fantôme de Anatole – Oui, mais je crois que nos anciens patrons ne le savent pas encore
Quand Driss et... Solenn se seront trouvés, il faudra qu’on surveille aussi nos patrons pour pouvoir agir plus efficacement

Fantôme de Barbara – Bref tout ça pour vous dire que nous nous efforçons de dessaouler le journaliste, et surtout qu’il ne boive plus

Fantôme de Anatole – Ça va pas être facile

Fantôme de Camille – Quoi une cuite, à son âge, il devrait déjà en être remis

Fantôme de Barbara – C’est un peu plus grave qu’une simple cuite

Fantôme de Camille – Ah merde, tu veux dire, il boit depuis longtemps

Fantôme de Anatole – Il faut qu’il retrouve ses esprits, et vite

Temps

Fantôme de Camille – Et pourquoi ici ?

Fantôme de Barbara – C’est un endroit trop découvert pour eux, ils ne viendront pas ici pour se débarrasser de Driss, et Solenn ils ne la connaissent pas encore

Fantôme de Camille – Ils la connaissent sans doute, mais ne savent pas ce qu’elle veut faire

Fantôme de Anatole – Tu penses que le commissaire... ?

Fantôme de Barbara – Je sais qu’il y a quelques flics dans leurs poches, si ce n’est pas le commissaire, c’est pas loin de lui

Fantôme de Camille – C’est pas le vieux en tous cas, il est brisé mais elle lui redonne un peu de jeunesse. C’est triste à dire, mais j’aime bien ces deux flics, ils ont l’air vraiment... enfin pas des pourris

Fantôme de Anatole – De ton vivant tu préférais les pourris, non ?

Fantôme de Camille – Non, justement, j’ai jamais aimé les ripoux. On ne peut pas à la fois défendre un ordre et le bafouer, j’aime pas ça, et surtout je me méfie de ces types-là, ils sont pas fiables.

Fantôme de Barbara – C’est vrai qu’il valait mieux se faire arrêter par un flic honnête que par un ripou, généralement le ripou il te bute, et ensuite il touche sa commission du patron qui ne veut pas que ces employés balancent...

Fantôme de Anatole – Pour revenir à nos affaires, Driss est prêt. J’ai réussi, je ne sais trop comment, à le faire aller en ville, au café que tu m’avais indiqué. Il s’est assis pas loin d’elle et du vieux flic. Il sait donc que s’il doit parler à un flic, c’est à elle qu’il le peut. Reste maintenant à les faire venir ici.

Fantôme de Camille – Faudrait que Driss lui fasse parvenir un rendez-vous, je ne sais pas, un papier glissé, un texto, quelque chose qui la fasse venir.

Fantôme de Anatole – Lui dire un numéro de téléphone, ça ne va pas être simple

Fantôme de Barbara – Il faut refaire un passage de Driss dans le café, et faire que Solenn oublie une carte avec son numéro, ou un papier quelconque où figurerait clairement son numéro. Je ne vois pas comment faire autrement, car lui souffler un numéro à l’oreille, je ne suis pas sûr du résultat, franchement

Fantôme de Anatole – C’est risqué pour Driss, mais en effet je ne vois pas d’autres solutions. Ce qui est dommage, c’est de ne pas y avoir pensé avant, la première fois. Je me charge de Driss, et vais lui suggérer ce lieu, avant même qu’il ne retourne au café, pour qu’il puisse le vérifier et se rassurer... une usine désaffectée, c’est bien, et c’est pas loin de là où on est mort. Je crois pas que le patron va repasser par ici de si tôt.

Fantôme de Camille – Ce qui serait bien, c’est de pouvoir faire passer cette désagréable sensation quand on touche, de la faire passer à celui qu’on touche, au vivant. Ça nous servirait d’arme de défense en cas de danger...

Fantôme de Barbara – Maintenant humain, tu te projettes ange gardien, tu avances vite, décidément la mort te réussit ! (...)

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