Les Ombres - texte de Matias Grenn

I,5 – Un premier témoin

Julien – On m’a dit que vous aviez vu le cadavre.

Un témoin – Oui, je suis un des premiers à avoir vu le corps du maire, mais je vous arrête tout de suite, la police nous a demandé de ne pas donner de détails pour ne pas gêner l’enquête.

Julien – Je suis journaliste d’accord, mais je n’ai pas l’intention de publier d’article à la va-vite, je connais la procédure, les enquêtes et les procès, vous pouvez me faire confiance.

Un témoin – Confiance à un journaliste !

Julien – Vous préférez avoir confiance en la police… J’ai vécu ici moi aussi, et je n’ai pas le souvenir que la police y ait mérité autant de confiance, mais... peut-être que cela a changé.

Un témoin – Non, ça n’a pas changé, mais journaliste et police c’est pareil. Et qui me dit que vous ne me baratinez pas. Vous avez vécu ici, tout le monde peut le dire, mais votre tête ne me dit rien.

Julien – Je suis parti il y a plus de dix ans maintenant, j’habitais là avec ma mère.

Un témoin – Et vous vous appelez ?

Julien – Julien Le Gall.

Un témoin – Oui, je me souviens de votre mère, mais vous, je ne vous aurais pas reconnu, que voulez vous savoir ?

Julien – Comment était le corps ? Où était l’impact de la balle ? Je ne sais pas, des détails qui vous ont sauté aux yeux par exemple…

Un témoin – Je peux vous dire que le corps avait une position étrange, pas la position de quelqu’un debout qui tombe.

Julien – Comment ça ?

Un témoin – On aurait dit qu’il avait été balancé d’un véhicule, c’est surtout la place des bras… Et sinon il avait un trou dans la tempe, là, assez net, et le sang avait coulé étrangement par un autre trou que je n’ai pas vu, mais je suppose que la balle est ressortie. Et le visage était couvert de sang. C’était ça le plus troublant, le sang sur son visage, mais pratiquement rien par terre, quelques gouttes, mais je ne sais pas, ça semblait vraiment... fabriqué.

Julien – Il n’a pas été tué là, ce qui exclut le suicide, sauf s’il s’est tué dans un lieu embarrassant. Merci en tous cas...

Un témoin – ... et j’ai aussi entendu un flic dire qu’il n’avait pas trouvé de balle par terre, ni dans le coin.

Julien – (comme pour lui-même) Oui, de toute façon tant que je n’aurai pas les résultats de l’autopsie pour savoir s’il y avait des résidus de poudre sur les mains, je ne pourrai pas dire avec certitude s’il a été assassiné ou non. (au témoin) Merci.

Un témoin – Pas de quoi.

Julien – Il y a toujours le café derrière ?

Un témoin – Oui.

Julien – je vous paie un verre si vous voulez.

Un témoin – Vous voulez quoi ? Faire copain ?

Julien – Non, juste boire un verre, et là il ne faut pas que je boive seul, il faut que je garde mes esprits.

Un témoin – Ah ! Vous avez peur de sombrer ?

Julien– Euh non, pas exactement, ça me fait juste une drôle d’impression de revenir ici, et il y a des remontées du passé qu’on aimerait ne pas subir.

Un témoin- Alors ça me va.
Je vais essayer de vous parler d’ici,
De ce quartier aujourd’hui.
Et le photographe,
Il est avec vous ?

Julien – Oui,
Mais il doit encore bosser.
Peut-être nous rejoindra-t-il après,
Quand il aura photographié chaque centimètre de ce quartier.

Le témoin – Je préférerais éviter de voir mon portrait dans un article !

Julien – S’il fait des portraits,
Je ne pense pas que ce sera pour les mettre dans un article.

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