Les Ombres - texte de Matias Grenn

I,2 - EN VOITURE

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Julien - Ça me fait quelque chose de revoir cet immeuble,
De revoir ce quartier aussi,
De reprendre presque comme avant certaines rues.
Gare la voiture là, sur ce parking, à cette place, près des escaliers.
Ma mère aimait garer la sienne à cet emplacement...
On la voyait des fenêtres, pour la surveiller,
Au cas où.

Le moteur s’arrête.

Loïc – Et ça marchait ?
Je veux dire, vous avez réussi à ne pas vous la faire voler ?

Julien – Oui, la voiture n’a jamais été volée,
Par contre l’autoradio, si.
Et comme on ne l’a jamais remplacé,
Déçu du filon épuisé le voleur a d’abord pris tout ce qu’il pouvait à l’intérieur...
Puis, il nous laissait quelques mauvaises surprises.

Loïc – Je vois le genre.
Un jour, j’ai retrouvé une merde sur le siège passager.

Julien – Des fois, c’était le pare-brise cassé.

Loïc – Et vous n’avez jamais réussi à attraper le voleur ?

Julien – Sur le fait, non
Mais on savait qui c’était.

Loïc – Un pote à toi !

Julien – Non même pas - pire !
C’était un amoureux transi de ma mère.
Enfin, pour l’autoradio sans doute pas
Mais le reste, j’en suis certain.

Loïc – Ça n’a pas dû l’aider !

Julien – L’aider à quoi ?

Loïc – L’aider auprès de ta mère...

Julien – Ah, je ne sais pas.
A mon avis, ils avaient eu une aventure avant
Mais pour ma mère ça s’arrêtait là
Elle a sans doute rencontré d’autres hommes
Et le type jaloux...

Loïc – Ta mère avait l’air de ne pas s’ennuyer !

Julien – Mais tu sais, je n’en ai que très rarement croisé,
Elle était discrète,
Elle ne voulait pas que j’en souffre.
Maintenant, sans doute ferait-elle ça autrement
Et aujourd’hui, j’aurais une multitude de pères à qui parler...

Loïc – Arrête, tu vas me faire pleurer

Julien – Fous-toi de ma gueule tiens,
Allez descends, on va essayer de prendre quelques photos d’ici,
Des gens aussi,
Comme je ne sais pas encore exactement ce que je cherche.

Loïc – Attends, je vais t’aider.
Tu cherches l’endroit où on a trouvé le corps.
Et là, grâce à ton intuition, paf, tu trouveras l’indice que personne n’avait vu,
Tu désigneras le coupable,
Qui comme par hasard était le fameux amant de ta mère,
Qui justement passe par ici.
Et après une course poursuite, intégralement photographiée par moi,
Tu recevras la légion d’honneur et la croix de guerre.

Julien – Tandis que toi, tu exposeras dans la plus prestigieuse galerie de New-York.

Loïc – Pourquoi New-York ?

Julien – Paris c’est nase, et Londres franchement... !
Bon, en tous cas le lieu où le corps a été retrouvé est là, je pense, au milieu de l’attroupement.
Mais ce n’est pas ça que je cherche.
Que ça ne t’empêche de prendre des photos.
Je te laisse,
Pendant ce temps, je vais parler un peu à droite à gauche.

Bruit sourd, comme un tremblement de terre, des vibrations profondes, mais rien ne bouge, Julien et Loïc sont à quatre pattes par terre mais ils sont les seuls à réagir ainsi.

Julien – C’est quoi ce truc ?

Loïc – Si je le savais.
Ça ressemble à un tremblement de terre, mais ce n’est pas ça.
Tu as vu comment les habitants ont réagi ?

Julien – Oui, étrange.
Ils ont l’air d’avoir l’habitude,
Ils ont eu peur aussi, mais une peur très différente de la nôtre. Laisse ton téléphone allumé.
Si je t’appelle, c’est pour une photo de l’interviewé,
Ou pour un paysage extraordinaire apparu subitement grâce au bruit étrange du tremblement de terre qui n’en est pas un !

Loïc – Un partout !

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